Ceuta : prétexte pour suspendre le droit individuel à l’asile

Bonjour ! Nous sommes David Carretta, Christian Spillmann et Oliver Grimm, les auteurs de La Matinale Européenne. Les éditions française et espagnole sont assurées par Camille Lamotte.
L’analyse du jour est consacrée à la politique migratoire et est signée par Paolo Riva, journaliste à IrpiMedia et ami de La Matinale Européenne. Aujourd’hui se réunissent les ministres de l’Intérieur de l’UE. Paolo explique que la Commission et certains États membres envisagent d’utiliser la crise de Ceuta comme prétexte pour suspendre le droit individuel à l’asile en cas d’afflux importants.
Dans notre briefing d’aujourd’hui, nous traitons de la Russie : Mark Rutte a cherché hier à rassurer sur la menace nucléaire de Vladimir Poutine. Le Britannique Andy Burnham a créé de l’agitation dans les capitales européennes en ouvrant la porte à un retour du Royaume-Uni dans l’UE. En Roumanie, la crise politique se poursuit après qu’un nouveau Premier ministre désigné a été rejeté par le Parlement. À Bruxelles, Ursula von der Leyen a promu son conseiller presse à un poste de haut niveau au sein de la Commission.
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Ceuta : prétexte pour suspendre le droit individuel à l’asile
Par Paolo Riva, journaliste à IrpiMedia
De Ceuta à Chișinău, des frontières avec la Biélorussie aux îles grecques jusqu’à Strasbourg et Bruxelles : il existe un fil rouge qui relie des lieux éloignés les uns des autres en Europe et s’immisce de plus en plus dans les agendas politiques des dirigeants et des ministres. Cela se produira aujourd’hui au Conseil Justice et Affaires intérieures. Puis à nouveau les 15 et 16 octobre lors du Conseil européen. Ce fil rouge, c’est l’instrumentalisation de la migration. La crise de Ceuta, avec l’arrivée soudaine de plus de 70 000 migrants en provenance du Maroc dans l’enclave espagnole en Afrique, a remis le sujet au cœur des discussions. Mais le vrai enjeu est ailleurs. La crise de Ceuta est en train de devenir un prétexte pour suspendre le droit individuel à l’asile.
La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a déjà annoncé une modification des règles actuelles pour faire face aux situations de crise comme celle de Ceuta : le nouveau Cadre européen de réponse aux urgences. Le Parti Populaire Européen insiste pour suspendre le droit d’asile dans des situations comme celle de Ceuta. « L’Europe a besoin des moyens nécessaires pour protéger ses frontières en toutes circonstances, notamment dans des scénarios où des mouvements de masse sont orchestrés et instrumentalisés contre l’UE », a déclaré hier le commissaire aux Affaires intérieures, Magnus Brunner, qui mettra aujourd’hui les ministres de l’Intérieur à l’épreuve.
En principe, cette instrumentalisation de la migration se produit lorsqu’un pays non-UE ou un acteur non étatique encourage ou facilite le mouvement de ressortissants de pays tiers vers les frontières extérieures de l’Union européenne. Le concept n’est ni nouveau ni clairement défini. Mais il influence de plus en plus les politiques européennes en matière de gestion des frontières. Après cet été, il pourrait le faire de manière encore plus marquée.
Ce qui s’est passé à Ceuta fin juillet — avec l’arrivée irrégulière de dizaines de milliers de personnes dans l’enclave espagnole en quelques heures — « n’est pas une nouveauté », a écrit Lena Riemer, enseignante en droit à la Central European University, sur le portail spécialisé Opinio Juris. « Des dynamiques similaires ont émergé à plusieurs reprises aux frontières européennes à chaque fois qu’il y a eu un pic d’arrivées, et le langage utilisé pour les décrire a suivi un schéma assez constant », explique Riemer. « L’“instrumentalisation de la migration” semble être devenue un cadre juridique transnational à travers lequel certains États cherchent à présenter la migration comme une menace pour la sécurité et à faire apparaître les mesures exceptionnelles adoptées comme juridiquement compréhensibles », ajoute l’experte.
L’instrumentalisation n’est pas en soi une pratique inédite. Il suffit de penser aux chantages migratoires de Mouammar Kadhafi, du temps où il était à la tête de la Libye. Ce qui a changé ces dernières années, ce sont les réactions des pays européens, à commencer par la crise à la frontière terrestre entre la Grèce et la Turquie en 2020 et, l’année suivante, celle aux frontières de la Pologne, de la Lituanie et de la Lettonie avec la Biélorussie.
« Ces dernières années, on a observé une augmentation des violations des droits des demandeurs d’asile dans l’UE, notamment à travers les refoulements. Ces pratiques n’ont généralement pas été autorisées par la législation nationale et ont été niées ou occultées par les États membres concernés. La situation a toutefois changé avec la crise frontalière UE-Biélorussie », a écrit Aleksandra Ancite-Jepifánova, de la Refugee Law Initiative à l’Université de Londres.
Pour répondre aux arrivées soudaines de migrants, la Pologne, la Lettonie et la Lituanie ont adopté des mesures nationales pour renvoyer de force des personnes sans examiner leurs demandes d’asile. Tout cela « viole ouvertement le droit de l’Union et le droit international, en particulier le principe de non-refoulement », explique Ancite-Jepifánova. « La Commission semble néanmoins avoir adopté le récit de l’instrumentalisation », ajoute l’experte.
La Commission n’a pas seulement gardé le silence sur les violations de la Pologne, de la Lettonie et de la Lituanie ; elle a également inscrit le concept d’instrumentalisation dans le Pacte sur la migration et l’asile. Elle l’a fait par le biais du Règlement concernant les situations de crise et de force majeure (2024/1359), qui précise que l’instrumentalisation est avérée lorsqu’elle met « en péril des fonctions essentielles d’un État membre, notamment le maintien de l’ordre public ou la sauvegarde de la sécurité nationale ». Le Règlement permet de suspendre pendant une certaine période les procédures d’asile, tout en garantissant que les demandes seront examinées une fois la situation de crise terminée.
Dans l’attente de l’entrée en vigueur du Pacte sur la migration et l’asile, les pays frontaliers ont continué à violer les droits des migrants. À l’été 2025, c’est la Grèce qui a suspendu les demandes d’asile à la suite d’une augmentation des arrivées depuis les côtes de la Libye orientale — celle gouvernée par le général Khalifa Haftar, considéré comme proche de la Russie. La réaction d’une majorité d’États membres de l’UE à la crise de Ceuta est cohérente avec cette approche. Peu après le pic d’entrées en provenance du Maroc, vingt-deux chefs d’État et de gouvernement de l’UE ont signé une lettre très ferme sur les événements, promue par les Premières ministres du Danemark et d’Italie, Mette Frederiksen et Giorgia Meloni.
Le texte de la lettre des vingt-deux ne comporte « aucune référence au Règlement sur les crises et la force majeure, qui était pleinement entré en vigueur seulement un mois auparavant », explique Riemer. Ce Règlement prévoit des garanties minimales pour les personnes migrantes au cœur de l’instrumentalisation. À la première occasion — celle de Ceuta — l’UE n’a pas voulu recourir à cet instrument. C’est un choix éloquent : « la réponse politique à la question de Ceuta se fonde sur la dissuasion et le contrôle des frontières plutôt que sur l’ordre et la protection des garanties fondamentales des droits humains », écrit Riemer.
Le nouveau Cadre européen de réponse aux urgences annoncé par von der Leyen va exactement dans cette direction. Dans son discours sur l’état de l’Union, la présidente de la Commission a expliqué que « l’Europe a besoin des moyens nécessaires pour protéger ses frontières en toutes circonstances. Surtout dans des situations où les mouvements de masse sont orchestrés et instrumentalisés à des fins politiques ».
Von der Leyen n’a pas précisé quels seraient les contenus de ce nouveau cadre. Mais plusieurs sources nous ont indiqué quelles devraient en être les principales mesures : la suspension temporaire des demandes d’asile et des retours coordonnés de groupes de personnes sans que leur demande de protection internationale soit évaluée individuellement. La première constituerait en fait une confirmation de ce que plusieurs États membres font déjà en violation du droit international. La seconde serait en revanche une nouveauté substantielle, car elle consacrerait la possibilité pour les États membres de l’UE de procéder à des refoulements collectifs. Les deux préoccupent les ONG et les organisations internationales.
Selon le Conseil européen pour les réfugiés et les exilés (ECRE), ces propositions jetteraient « les bases des négociations que certains États membres et groupes politiques du Parlement européen utiliseront pour poursuivre leur objectif final : l’élimination du droit d’asile en Europe ». Jean-Nicolas Beuze, représentant du HCR auprès de l’UE, a écrit sur LinkedIn que « répondre à l’instrumentalisation en maintenant l’accès à l’asile suspendu pendant des périodes de plus en plus longues risque de transformer une réponse exceptionnelle en un déni du système de protection lui-même, que le droit international et européen impose aux États de maintenir ». Selon Beuze, cela « reviendrait en pratique à punir les réfugiés pour les actions des États ou d’autres acteurs ».
La citation
« Cher Edi Rama, vous travaillez dur pour transformer le rêve européen de l’Albanie en réalité. La concentration sur les réformes, de la justice à l’environnement, est essentielle, tout en maintenant un dialogue fort avec la société. L’objectif est en vue. C’est ainsi que nous y parviendrons. »
Ursula von der Leyen lors de sa visite en Albanie.
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Géopolitique
Mark Rutte minimise la menace russe et tacle les Européens — Le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte a minimisé hier les menaces de frappes nucléaires de la Russie lors d’un sommet sur la sécurité organisé à Bruxelles et a déploré le besoin des Européens de toujours compter sur les Américains. « C’est terrible que 500 millions de personnes aient besoin de demander à un pays de 300 millions de personnes de les défendre contre un pays de 140 millions de personnes », a lancé l’ancien Premier ministre néerlandais, critiqué pour sa flagornerie lorsqu’il s’adresse au président américain Donald Trump. La Russie avait mis en garde l’OTAN après les exercices menés par les alliés autour de l’enclave russe de Kaliningrad, avertissant qu’elle pourrait utiliser des armes nucléaires si l’Alliance tentait d’isoler la région avec des frappes contre des centres de prise de décision dans des États membres de l’OTAN. Mark Rutte a cherché à calmer le jeu avec fermeté. « Il n’y a pas de menace imminente pour le territoire de l’OTAN », a-t-il affirmé. « S’il y a un renforcement russe, nous le verrons, et nous ferons face si quelque chose se produit. L’OTAN est bien plus forte que la Russie, il est donc impossible qu’elle puisse nous vaincre. »
Post-Brexit
Burnham met le retour dans l’UE parmi les options — Dans une interview à la BBC hier, le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham a indiqué parmi les options pour développer les relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne non seulement le retour au marché unique et à l’union douanière, mais aussi le retour dans l’UE. S’exprimant au congrès du Labour mardi, Burnham avait expliqué que le Royaume-Uni devrait examiner les options pour « la relation à long terme de la Grande-Bretagne avec nos partenaires européens », soutenant que le Brexit n’avait pas tenu sa promesse de « reprendre le contrôle », mais avait rendu le pays plus faible. Interrogé par la BBC, le Premier ministre n’a exclu aucune possibilité.
Macron à Burnham : “welcome back” — « Welcome back », a déclaré hier le président français Emmanuel Macron, commentant avec le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez les déclarations de Burnham. « Si les Britanniques veulent revenir et que le Premier ministre va dans cette direction, je pense que c’est une très bonne nouvelle pour son pays et pour les Européens », a dit Macron. « Les Britanniques ont toujours été utiles pour simplifier les choses et des partenaires exigeants », a-t-il ajouté. Burnham « a raison d’avoir cette audace », parce que « l’on voit les limites pour le Royaume-Uni de se rapprocher de nous quand il est en dehors », a expliqué Macron. « Nous ouvririons nos bras », a dit Sánchez. Mais pour les dirigeants de l’UE, qui se préparent à tenir un sommet bilatéral avec le Royaume-Uni, il ne sera pas facile de déchiffrer les mots du Premier ministre britannique. En réalité, Burnham a laissé toutes les options ouvertes, y compris celle de maintenir la relation aux niveaux actuels. « Nous pourrions rester comme nous sommes. C’est certainement une option, si l’on considère que c’est le bon endroit où rester », a dit Burnham.
Espagne
Visite d’État de Macron en Espagne – le PP rejette le traité d’amitié pour nuire à Sánchez — « Je ne peux que m’excuser pour le vote négatif d’hier sur le traité d’amitié entre l’Espagne et la France au Sénat. » Le chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez a déploré le mauvais coup joué par le Parti Populaire, l’opposition de droite, au début de la visite d’État en Espagne du président français Emmanuel Macron : le rejet au Sénat du traité d’amitié entre la France et l’Espagne pendant le dîner offert par le roi Felipe VI. Les adversaires du président français et certains analystes ont parlé d’un « camouflet » infligé à Emmanuel Macron, dont « la posture internationale ne fonctionne plus ». Mais le rejet du traité est en fait une énième exportation des querelles politiques espagnoles sur la scène européenne par une droite espagnole engagée dans une bataille pour faire chuter le socialiste Pedro Sánchez. « Ils n’ont aucun sens de l’État, ni du sens de l’amitié et de la coopération européenne. Ils ne pensent pas non plus aux intérêts de l’Espagne », a déploré le chef de la diplomatie espagnole José Manuel Albares. Le traité d’amitié a été validé par le Tribunal constitutionnel et sera approuvé, a promis Pedro Sánchez.
Roumanie
Un autre candidat Premier ministre rejeté, la crise se poursuit — Siegfried Mureșan, eurodéputé du PPE et nommé Premier ministre de Roumanie par le président Nicușor Dan, n’a pas obtenu la majorité lors du vote de confiance hier au Parlement, prolongeant la crise politique qui dure maintenant depuis cinq mois. Mureșan a obtenu 182 voix contre les 233 nécessaires pour sa confirmation. Les conséquences pourraient être sévères pour le camp pro-européen en Roumanie. Le Parti social-démocrate, responsable de la crise avec sa décision de quitter la majorité pro-européenne, pourrait chercher à former une coalition avec le parti d’extrême droite pro-russe Alliance pour l’Union des Roumains (AUR). Alternativement, Dan pourrait dissoudre le Parlement et convoquer des élections anticipées. Mais l’extrême droite de l’AUR est en tête des sondages avec 40 % des intentions de vote.
Mureșan restera donc député européen. Pour le Parlement, c’est une bonne nouvelle. Il est le rapporteur sur le nouveau Cadre financier pluriannuel. Son expérience et son influence seront utiles dans les négociations avec les gouvernements.
Énergie
Meloni demande à von der Leyen plus de déficit pour les aides énergétiques — La présidente du Conseil italienne, Giorgia Meloni, a annoncé une lettre à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, pour demander davantage de flexibilité budgétaire afin d’aider les consommateurs et les entreprises face à la hausse des prix de l’énergie. L’Italie a déjà obtenu de von der Leyen le droit d’utiliser la Clause de sauvegarde nationale — initialement prévue pour les dépenses de défense — pour les aides dans le secteur énergétique. « Nous pensons que, face à une poussée inflationniste due à la cherté de l’énergie à l’échelle mondiale, il est nécessaire d’accorder aux États membres une flexibilité supplémentaire pour soutenir les ménages et les entreprises », a déclaré Meloni. « Nous avons déjà soulevé à l’Ecofin la nécessité de tenir compte de la hausse de l’inflation enregistrée durant cette période dans le calcul des paramètres européens à respecter et du déficit autorisé. D’autres États membres vont dans la même direction », a-t-elle expliqué. « J’entends m’activer à nouveau auprès de la Commission : j’écris à la présidente von der Leyen pour que la question soit traitée lors de la réunion de l’Ecofin qui se tiendra la semaine prochaine à Luxembourg, puis bien sûr lors du prochain Conseil européen dans deux semaines. »
Sécurité
Un système commun de communication d’urgence de l’UE d’ici à 2036 — D’ici dix ans, les 27 États membres de l’UE devront garantir que leurs services d’urgence (police, pompiers, secouristes et autres intervenants de première ligne) peuvent communiquer sans interruption les uns avec les autres au-delà des frontières nationales lors des opérations. La Commission européenne a présenté hier deux règlements visant à créer conjointement le système dit de communication critique de l’Union européenne (EUCCS). Celui-ci doit permettre à plus de cinq millions d’intervenants d’urgence non seulement de communiquer par radio, mais aussi d’échanger des vidéos, des images, des messages texte et des données de localisation quel que soit le dispositif utilisé.
Au cœur de ce nouveau système se trouve une technologie haut débit mobile connue sous le nom de MCX. Elle utilise les réseaux 4G et 5G pour permettre l’interopérabilité entre les différents systèmes radio d’urgence nationaux, qui sont déjà en transition progressive vers le haut débit. Le système s’appuiera sur les réseaux mobiles conventionnels. Là où ceux-ci présentent des lacunes de couverture, comme dans les régions éloignées, les systèmes satellitaires de l’UE sont censés prendre le relais. Le système IRIS², actuellement en cours de développement pour fournir une alternative européenne civile et militaire au Starlink d’Elon Musk, est le principal candidat pour ce rôle.
La Commission et 15 États membres (Allemagne, France, Italie, Pologne, Espagne, Belgique, Pays-Bas, Estonie, Irlande, Suède, Finlande, République tchèque, Roumanie, Grèce et Slovénie, plus la Norvège en tant que membre Schengen) travaillent sur ce projet depuis près d’une décennie. Les attentats terroristes islamistes de 2015 et 2016 en ont été le déclencheur initial. Par la suite, le manque de communication entre les services d’urgence lors de grandes situations de crise a mis en évidence la nécessité d’un système de communication intégré.
Une version de test du système est déjà utilisée pour simuler des scénarios réalistes, tels que des incendies dans les régions frontalières, le trafic d’êtres humains et le trafic de drogue. En novembre 2024, les 15 gouvernements nationaux participant au consortium de test de l’EUCCS ont attribué des contrats à quatre entreprises pour la construction de la technologie nécessaire : Airbus, Leonardo (Italie), Teltronic (Espagne) et Frequentis (Autriche).
Migrants
Les Verts sonnent l’alarme sur les “returns hubs” au Rwanda et en Ouganda — Le Danemark, la Grèce, l’Autriche, l’Allemagne et les Pays-Bas veulent ouvrir d’ici fin 2027 les premiers « returns hubs » dans des pays tiers, où déporter les migrants expulsés du territoire dans l’attente de leur rapatriement dans leurs pays d’origine. Le Rwanda et l’Ouganda figurent parmi les pays tiers candidats à accueillir ces « returns hubs ». Deux eurodéputées du groupe des Verts, Anna Strolenberg et Tineke Strik, ont effectué un voyage dans les deux pays pour vérifier la situation sur le terrain. À leur retour, elles sonnent l’alarme sur les risques de l’opération. « Les deux pays sont ouverts au business », nous a expliqué Strolenberg : « Le Rwanda sera probablement le premier pays », car il n’impose aucun critère pour les migrants devant être déportés dans ses centres. L’Ouganda exige qu’il s’agisse uniquement de migrants africains, sans casier judiciaire, qui ne soient pas des opposants politiques de pays voisins et qui acceptent d’être transférés volontairement. En septembre, le Danemark a annoncé son intention de conclure le premier mémorandum d’accord avant la fin de l’année.
Cependant, le système d’accueil au Rwanda comme en Ouganda est fragile. Les deux pays sont victimes des coupes dans l’aide internationale de l’Administration Trump. Les deux sont critiqués pour leurs violations des droits humains. Mais les deux sont « impatients » de conclure des accords avec les pays de l’UE, a expliqué Strik. « Cela dépend de ce que les États membres mettront sur la table. » La réponse, c’est de l’argent de la part des cinq États membres et de l’influence sur l’UE, qui sera poussée à « censurer » ses critiques envers le Rwanda et l’Ouganda.
Selon les deux eurodéputées des Verts, les migrants risquent de se retrouver dans un « vide juridique ». La Cour de justice de l’UE et les tribunaux nationaux pourraient être submergés de recours. Selon Strik, il n’y aura même pas d’effet dissuasif, comme le soutiennent les cinq pays qui poussent pour les « returns hubs ». « Les États membres prennent un grand risque. Ils jouent avec le feu », ont déclaré Strolenberg et Strik.
L’Italie prolonge les contrôles aux frontières avec l’Espagne — Le gouvernement de Giorgia Meloni a annoncé la prolongation pour deux semaines supplémentaires des contrôles aux frontières aériennes et maritimes avec l’Espagne, se justifiant par la situation à Ceuta, bien que la Commission ait assuré qu’il n’y a pas de mouvements secondaires à l’intérieur de l’espace Schengen. « L’objectif est de renforcer la protection des frontières européennes » et de « prévenir et contrer d’éventuelles menaces terroristes », ont indiqué des sources proches du ministre de l’Intérieur, Matteo Piantedosi. La Commission est restée silencieuse face à la violation manifeste des règles de Schengen par l’Italie. L’Espagne devrait réagir en prolongeant à son tour les contrôles avec l’Italie.
Cent universitaires et quatre anciens commissaires dénoncent l’inaction de la Commission pour protéger Schengen — L’ONG The Good Lobby a déposé une plainte formelle auprès de la Commission européenne, dénonçant son inaction pour protéger l’espace de libre circulation Schengen en tolérant la réintroduction des contrôles aux frontières par les gouvernements italien et espagnol, malgré l’absence de menace réelle. L’Italie a réintroduit les contrôles le 1er août en invoquant l’afflux de migrants à Ceuta.
Des centaines de milliers de travailleurs, d’étudiants, de familles et de patients « paient le prix d’un différend entre deux gouvernements », a expliqué The Good Lobby. La plainte demande à la Commission de respecter ses obligations de supervision prévues par le Code frontières Schengen et d’ouvrir une procédure d’infraction contre l’Italie, l’Espagne et l’Autriche. Parmi les signataires figurent les anciens commissaires Josep Borrell, László Andor, Joaquín Almunia et Nicolas Schmit. « Cet échec s’inscrit dans un tableau plus large : les gouvernements de l’UE qui ont réintroduit les contrôles aux frontières intérieures et les ont maintenus — sans aucune justification réelle — sont plus nombreux que ceux qui ne l’ont pas fait, et la Commission l’a permis », a déclaré le professeur Alberto Alemanno, promoteur de la plainte.
Euro
L’inflation explose partout dans la zone euro — Eurostat ne publiera son estimation préliminaire de l’inflation pour la zone euro que demain. Mais les données en provenance des États membres ne sont pas positives pour l’évolution des prix. Tous les grands pays ont enregistré une accélération de l’inflation plus rapide que prévu en septembre. En France, elle est passée de 2,6 % en août à 3,4 %, en Italie de 3,2 % à 4,1 %, en Espagne de 4,6 % à 5 %. En Allemagne, le taux d’inflation est passé de 2,9 % à 3,3 %. À l’origine de la flambée des prix se trouve l’inflation sur les produits énergétiques et, en partie, sur les produits alimentaires.
Après la publication de l’estimation d’Eurostat, la Banque centrale européenne sera encore plus sous pression pour relever les taux d’intérêt. Les dernières estimations de la BCE placent l’inflation du dernier trimestre 2026 à 3,6 %, mais le niveau pourrait être bien plus élevé, éloignant encore davantage l’objectif de la ramener à 2 %.
Chaises musicales
Le conseiller presse de von der Leyen promu directeur, sans passer par un concours — Le Collège des commissaires a hier approuvé la nomination de Jens Flosdorff, l’un des conseillers les plus proches et les plus anciens d’Ursula von der Leyen, au poste de directeur de la Communication avec les citoyens au sein de la direction générale de la Communication. Recruté au grade A14 (entre 18 000 et 19 000 euros de salaire brut mensuel, auxquels s’ajoutent diverses indemnités), Flosdorff sera chargé de définir et de surveiller l’image de la Commission pour s’assurer qu’elle est alignée sur ses valeurs et ses objectifs. Ou plutôt l’image de sa présidente plutôt que de l’institution ?
Plusieurs sources ont soulevé le soupçon d’un choix dicté par un critère qu’apprécie von der Leyen : la loyauté. La nomination — révélée par nos confrères de Rapporteur — a eu lieu sans que Flosdorff ait passé un concours régulier pour devenir fonctionnaire de l’UE. L’avis de sélection, publié en décembre, était ouvert aux candidatures extérieures. Le nombre de candidats internes était particulièrement élevé. Et pourtant, le choix s’est porté sur Flosdorff.
L’équipe de communication de von der Leyen avait préparé une réponse aux questions des journalistes sur sa nomination. Interrogée lors d’une conférence de presse par la Matinale Européenne, la vice-présidente Henna Virkkunen a lu un texte préparé. « La sélection a eu lieu par le biais d’une procédure basée sur le mérite et hautement compétitive, dans le plein respect des procédures de la Commission pour la sélection et la nomination de hauts fonctionnaires », a déclaré Virkkunen : « Il est vrai qu’il y a souvent de nombreux candidats, mais dans ce cas la sélection a été entièrement basée sur le mérite et hautement compétitive. »
Flosdorff : un CV de communicant lié à von der Leyen — Des sources haut placées de la Commission nous ont conseillé d’aller consulter le CV de Jens Flosdorff pour vérifier son expérience dans le domaine de la communication, au-delà de sa collaboration avec la présidente von der Leyen. On nous a indiqué son profil LinkedIn. Nous sommes allés regarder. Flosdorff gère les relations avec les médias de von der Leyen depuis 2004, lorsque la présidente de la Commission était ministre des Affaires sociales dans le Land de Basse-Saxe en Allemagne. Depuis lors, Flosdorff a suivi toute la carrière politico-institutionnelle de von der Leyen. Lorsqu’elle est entrée au gouvernement fédéral d’Angela Merkel, Flosdorff est devenu son porte-parole au ministère de la Famille, au ministère des Affaires sociales et au ministère de la Défense. Lorsqu’en juillet 2019 von der Leyen a été nommée présidente de la Commission, elle a amené avec elle de Berlin son chef de cabinet, Bjoern Seibert, et Flosdorff.
Selon des sources de la Commission, c’est aux ministères des Affaires sociales et de la Défense — alors dirigés par von der Leyen — que Flosdorff a géré de grands départements de communication. Dans les deux cas, il a été responsable de campagnes de communication d’entreprise et de dialogues avec les citoyens, et a géré des budgets annuels de dizaines de millions d’euros. Certaines de ses campagnes ont reçu des prix, dont le Grand Slam aux PR Report Awards 2016 en Allemagne et l’European Excellence Award 2017 pour la campagne de communication de la Bundeswehr visant à promouvoir l’image de l’armée en tant qu’employeur.
Et avant de travailler pour von der Leyen ? Selon son profil LinkedIn, entre 2000 et 2004, Flosdorff a travaillé comme journaliste pour la Hannoversche Allgemeine Zeitung, mais a également exercé une activité de communicant pour des syndicats et des sociétés énergétiques durant la même période.
Les autres nominations — Le Collège des commissaires a hier procédé à une autre série de nominations aux plus hauts niveaux de l’Administration. La Suédoise Paulina Dejmek Hack a été nommée à la tête de la Direction générale pour la Stabilité financière, les services financiers et l’Union des marchés des capitaux (FISMA), dont elle était déjà directrice générale adjointe. L’Autrichien Karl Soukup a été nommé directeur général adjoint à la Direction générale de la Concurrence (COMP). Thomas Deisenhofer, qui a la double nationalité franco-allemande, a été nommé directeur dans la même direction générale COMP, où il s’occupera des cartels. La Maltaise Tanya Chetcuti a été nommée directrice à la Direction générale des Services numériques (DIGIT).
Aujourd’hui
Conseil Justice et Affaires intérieures (session Affaires intérieures) à Luxembourg
Présidence irlandaise de l’UE : réunion informelle des ministres de la Santé
Commission : la présidente von der Leyen à Pristina rencontre le Premier ministre du Kosovo, Albin Kurti ; à Podgorica rencontre le Premier ministre du Monténégro, Mikoiko Spajić, et le président, Jakov Milatović
Parlement européen : audition en commission Développement régional du vice-président Fitto
Parlement européen : audition en commission Affaires étrangères du chef de la Task Force de l’ONU pour le détroit d’Ormuz, Jorge Moreira da Silva
Parlement européen : audition en commission Sécurité et Défense du commissaire Kubilius
Parlement européen : présentation des candidats pour le Prix Sakharov 2026
Banque centrale européenne : discours de Christine Lagarde à la Conférence du Comité européen du risque systémique à Francfort
Banque centrale européenne : discours de Piero Cipollone à l’Eurocommerce’s Payments Day à Bruxelles
Cour de justice de l’UE : arrêt sur le numerus clausus pour la faculté de médecine en Belgique pour les étudiants non résidents
Cour de justice de l’UE : conclusions de l’Avocat général sur l’application du règlement général sur la protection des données à l’Église catholique
Eurostat : données sur le chômage en août ; indice des prix des logements au deuxième trimestre ; données sur les ventes de logements au deuxième trimestre ; statistiques sur la démographie des entreprises en 2024 ; données sur la production et le commerce du café en 2025
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